Le quai ne répond plus

 

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L’histoire :

« Le quai ne répond plus » renvoie aux grands auteurs américains comme Dos Passos ou, dans le domaine de l’espionnage et du thriller, à Robert Ludlum. Le texte fonctionne comme un thriller avec des allers retours qui mêlent l’histoire d’une manipulation à la vie assez banale et sans éclat, dans son quotidien, d’Anton Vermot.

L’auteur aborde le monde feutré, exotique, suranné de la diplomatie et les soubresauts tranchants de l’histoire que le roman déploie. Texte étonnant où l’intrigue embrasse 20 années de la vie du personnage principal, sous des lieux qui nous mènent à Washington, Moscou, Ho Chi Minh ville, Hanoï et Paris.

Texte traversé par des figures féminines vaporeuses et aimées, dont on a toujours peur qu’elles ne se révèlent vénéneuses pour notre diplomate pétri d’élégance à la fois physique et dans l’âme.

Le roman nous fait entrer dans les murs de la diplomatie et de l’intrigue, dans le monde calfeutré de la manipulation, des coups montés qui pourraient échouer pour un rien, des amitiés tordues, des relations troubles, des amours clandestines, des passions retenues, des rêves gardés et des actions parallèles. Sur l’échiquier diplomatique, la seule issue visée est bien échec et mat.

La machiavélique machination des Russes, pour arriver à un rapprochement avec la France (la raison en est noble) nous tient en haleine, nous fait pénétrer dans les arcanes sournois et inopérants de la diplomatie française et dans ceux souterrains, brutaux et conquérants de la diplomatie russe.

Le style vif, alerte, détaillé, brossant en quelques phrases une atmosphère, un personnage, un état d’âme, un souvenir, une nostalgie, une attente, un désir, un tableau, l’action menée sans temps mort au fil des affectations et des amours du héros, confère au livre une authenticité, une vérité qui pourra apparaître bien cruelle à ceux qui seraient tentés de s’y reconnaître, à l’exception du héros, bien sûr.

Ce roman d’espionnage sonne juste comme une expérience vécue avec un vocabulaire riche qui ouvre des horizons peu connus.

Le personnage :

Le héros, Anton Vermot, a une chance, celle de ne pas soumettre sa vision de la vie et du monde à sa seule réussite professionnelle fut-elle dans la diplomatie. On a affaire à un amoureux quelque peu transi même si le roman donne à voir les liens amoureux qui le lieront aux femmes successives qui entrent et sortent de sa vie mais qu’il n’oublie jamais tellement son lien amoureux à celles qui l’accompagnent au grand jour ou dans le secret. Anton aime, est quitté ou quitte, c’est selon mais il semble toujours inconsolable, dans la peur, face à la perte pressentie que la vie lui impose.

Anton Vermot traverse les péripéties romanesques et diplomatiques pour s’échouer en étant pleinement conscient alors de ce qu’il a fait ou, plus justement dit, de ce qu’il a subi en silence. Dans son désir d’aimer et de protéger ceux auxquels il tient, il ne rue jamais dans les brancards. Il va vers le dénouement, dans une sorte de brouillard, sachant que tous les coups sont permis dans le monde de la nomenklatura, mais rêvant, qui sait, qu’un coup, bien à lui, serait toujours possible à l’encontre de ceux qui manipulent, sans vergogne, mais toujours dans l’intérêt supérieur du pays.

La solitude, son goût pour l’art, sa sensibilité, sa curiosité, son ouverture d’esprit, sa disponibilité, son tact, ses manques, ses attaches, son exemplarité façonnent un personnage profondément humain.

Paradoxalement, le héros gardera la tête haute face à des personnages troubles, au double jeu, à l’incompétence manifeste, à une vision dépassée du monde tel qu’il est devenu dans les relations internationales et notamment avec la Russie. Mais c’est pour mieux la perdre, car les traumatismes de l’enfance tenue au secret, lorsqu’ils sont révélés et exhibés, ont une puissance mortifère.

Le roman :

L’auteur met également le doigt avec justesse sur un phénomène français très étonnant : TOUS les hommes français, du personnage d’Anton à l’ambassadeur en passant par les autres semblent incapables d’apprendre, voire n’en ont aucune envie, et demeurent fondamentalement immatures.

Cette incapacité concerne aussi bien leur vie privée que leur vie professionnelle et ils ne parviennent pas à prendre en compte la réalité, tant des autres pays que celle des personnes qu’ils rencontrent.

Les Russes semblent être dans une dynamique très différente : ils ont une vision du monde, de la Russie, de l’avenir et ils prennent leurs attachements, politiques et personnels, au sérieux. Aussi peuvent-ils faire des erreurs, mais qu’ils corrigent en fonction de cette vision du monde et sont beaucoup plus adultes. Tout cela est très finement vu.

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